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Lettre à Marcelle

30 septembre 2025 par
Lettre à Marcelle
Melyssa

Ma douce Marcelle,

Tu es partie si tôt,

et pourtant tu es restée partout.

Dans mon ventre, dans mon cœur, dans mes cellules.


Mais dans ce monde…

tu n’as laissé aucune trace visible.

Pas de livret de famille.

Pas d’enregistrement.

Rien d’officiel, rien d’administratif.

Comme si tu n’avais jamais été là.

Et pourtant, moi, je sais.

Je sais que tu as existé.

Je suis devenue mère une fois de plus avec toi.

Mais je n’ai rien pu écrire.

Aucun prénom sur un papier.

Aucun lieu pour poser ta mémoire.

Il m’a manqué quelque chose pour te dire adieu, pour te dire je t’aime, pour te dire tu as compté.

Et dans ce manque, j’ai compris à quel point tant de parents vivaient ça aussi.

Dans le silence.

Dans l’invisible.

Dans une douleur qu’on nous demande souvent de vite balayer.

Alors aujourd’hui, pour toi, pour moi, et pour tous les bébés partis trop tôt,

j’ai pris la parole.

Devant les membres du Conseil communal.

Avec mes tripes. Avec mon amour. Avec ma voix qui tremblait.

Et j’ai demandé la création d’un Registre des Étoiles.

Un registre symbolique.

Juste pour écrire un prénom.

Juste pour dire : il ou elle a existé.

Ce n’est pas grand-chose, tu sais.

Mais c’est immense en fait.

C’est offrir une place à ces bébés qu’on ne voit pas.

C’est dire à leurs parents :

“Votre chagrin est légitime.

Votre bébé a compté.

Vous avez le droit d’en parler.”

C’est pour toi que j’ai voulu ça.

Et pour Adrien, Albin, Liv, Colette, Achille, Guillaume, Nathael…

Et tous les autres.

Parce qu’on a besoin d’un endroit où poser ton nom.

Parce qu’on a besoin d’un geste, d’un mot, d’une lumière.

Parce que l’absence de trace, c’est parfois ce qui rend le deuil encore plus lourd.

Marcelle,

j’ai allumé des bougies pour toi.

J’ai écrit des lettres. J’ai planté des graines.

J’ai reçu un soin Rebozo en pensant à toi.

Et j’ai imaginé un lieu où d’autres pourraient, eux aussi, te rejoindre.

Un lieu doux, sans papier officiel, mais plein de reconnaissance.

Un registre des étoiles.

Pour toi.

Et pour tous les petits astres filants que le monde oublie trop vite.

Je t’aime.

Et tu existeras pour toujours.

Pas seulement dans mon corps. Pas seulement dans mes souvenirs.

Mais dans ce monde aussi.

Un peu plus, maintenant.

Ta maman 🌿


Et si on arrêtait d’avoir peur des gros bébés ?