Quand je parle de la maison de naissance et que je dis qu’ici, 80 % des bébés naissent entre les mains de leurs parents, j’observe souvent un moment de flottement.
Là, l’autre jour, un papa m’a regardée et m’a dit :
“Mais… comment ça ? Y’a pas de gestes à faire ? Vous ne faites rien quand le bébé sort ?”
Merci Benjamin, pour cette question. Parce qu’elle m’a donné envie d’écrire cet article.
Et d’expliquer ce qu’on appelle ici le “hands off”.
Ce qu’on nous apprend à faire (et refaire)
À l’école, on nous apprend à “manager une naissance”.
Ça veut dire :
👉 Retenir la tête du bébé.
👉 Appuyer sur le périnée.
👉 Guider, agrandir, étirer.
👉 Insérer les doigts “pour aider”.
👉 Et parfois même, moucher un bébé encore à l’intérieur.
Le postulat, c’est que si on ne fait rien, ça pourrait mal se passer.
Mais si on faisait fausse route ?
Et si nos mains, parfois, faisaient plus de mal que de bien ?
Le corps des femmes sait faire. Les bébés aussi.
Quand on laisse une femme accoucher dans la position qui lui convient, sans péridurale, avec ses sensations… alors on découvre un autre scénario :
✨ Le périnée s’ouvre lentement, sous la poussée naturelle du bébé.
✨ La tête avance, puis recule, puis revient. Elle moule le passage.
✨ Le réflexe d’expulsion arrive quand le bébé est prêt.
✨ Et souvent, ce sont les parents eux-mêmes qui accueillent leur enfant.
Pas besoin de retenir.
Pas besoin d’appuyer.
Juste être là, et faire confiance.
Non, on ne laisse pas les femmes seules
Le “hands off”, ce n’est pas l’absence.
C’est la présence juste. Celle qui soutient sans envahir.
C’est potentiellement proposer une compresse chaude, pas une main dans le vagin.
C’est guider si besoin… mais pas par défaut.
C’est attendre le moment où c’est nécessaire, pas intervenir “au cas où”.
Et c’est aussi ça qui permet d’éviter des déchirures majeures, des gestes brusques, des cicatrices inutiles.
Parfois, oui, il faut agir.
Un bébé qui ne se restitue pas. Une épaule coincée. Un accouchement dans l’eau qui demande de sortir.
Mais on voit venir ces situations. On sent quand quelque chose ne se passe pas comme prévu.
Et le reste du temps ?
On fait confiance. Et ça se passe bien. Très bien, même.
Depuis qu’on a ouvert La Bulle, une seule déchirure du 3e degré. Une.
Alors franchement si tu te demande si tu devrais en parler avec ta sage-femme ou ton équipe ?
Tu peux. Tu devrais même!
🗣️ Demande comment ils pratiquent au moment de la naissance.
🗣️ Demande s’ils laissent restituer, s’ils interviennent tout de suite.
🗣️ Propose d’accueillir ton bébé toi-même, ou que ton/ta partenaire le fasse.
🗣️ Inscris-le dans ton projet de naissance. ( tu peux télécharger un modèle de projet de naissance ici: https://melyssa-chambard.systeme.io/projetnaissance )
Et si tu veux éviter qu’on vienne “aider” trop tôt, tu peux aussi demander une compresse chaude. C’est doux, c’est utile, et ça évite bien des gestes intrusifs.
Mettre ta main sur ton périnée, ça t'aide a sentir son avancé et tu garde le contrôle de ton intimité!
Les bébés n’ont pas besoin qu’on les sorte. Juste qu’on les accueille.
C’est un changement de regard.
On ne “fait” pas naître les bébés.
On les accompagne à naître.
On leur laisse l’espace, le temps, le respect.
Et on se rappelle que ce n’est pas nos mains qui mettent au monde :
Ce sont les femmes. Ce sont les bébés. Ce sont les corps qui savent.
Mely